
OCR de certificats matière : comment Bilfinger LTM Industrie automatise sa traçabilité sans équiper l'atelier
Plutôt que d'équiper l'atelier de tablettes, ils numérisent ce qui en sort. Dix certificats traités en deux minutes.

Bilfinger LTM Industrie est ensemblier en chaudronnerie et tuyauterie pour l'industrie pharmaceutique et les énergies nouvelles. Chaque pièce fabriquée doit être rattachée au certificat de la matière dont elle est issue, ce qui suppose de lire des certificats venus du monde entier et des relevés d'atelier remplis à la main. Plutôt que d'équiper ses compagnons de tablettes, l'entreprise a choisi de numériser ce qui sort de l'atelier.
On parle souvent de digitaliser les ateliers, que chaque personne de l'atelier se retrouve avec un ordinateur ou une tablette. On a décidé de prendre le contrepied, parce que digitaliser un atelier coûte extrêmement cher et qu'on n'est pas sûr que ça aboutisse au final. Ce qu'on fait, c'est qu'on vient digitaliser les remontées de l'atelier.
Hugo Depond, Transition and Digital manager, Bilfinger LTM Industrie
Un ensemblier pour la pharmacie et l'hydrogène
Installée à Toussieu, dans la métropole lyonnaise, Bilfinger LTM Industrie est la filiale française du groupe industriel allemand Bilfinger. Son métier d'origine est la chaudronnerie et la tuyauterie ; elle intervient aujourd'hui comme ensemblier pour l'industrie pharmaceutique et pour les énergies nouvelles, l'hydrogène en particulier.
Dans ces secteurs, le dossier de fabrication a autant de valeur que l'équipement livré. Une cuve, un skid ou un réseau de tuyauterie ne sont recevables par le client que si chaque pièce peut être rattachée à la matière dont elle est issue et au certificat qui atteste de ses caractéristiques. Cette traçabilité se construit document par document, et elle conditionne la validation du dossier par le donneur d'ordre.
Des certificats matière venus du monde entier
Le document central de cette chaîne est le certificat matière émis par le producteur d'acier ou par le fournisseur. Il arrive rarement dans de bonnes conditions.
Ce sont des certificats qui viennent du monde entier, qui ont souvent passé plusieurs douanes et qui du coup sont souvent dans des états très détériorés, avec des formalisations qui dépendent de chaque pays d'origine. On y retrouve le type de certificat, le fournisseur, la catégorie et ce qu'on appelle le numéro de coulée. Ce numéro de coulée est extrêmement important, parce que c'est celui qui sera noté ensuite sur les pièces qu'on utilise et qui sera remonté par l'atelier.
Hugo Depond, Transition and Digital manager, Bilfinger LTM Industrie
Chaque aciériste met en page son certificat à sa manière, dans sa langue, avec ses propres intitulés. Le document est scanné, parfois photocopié plusieurs fois, souvent tamponné et annoté. Aucun modèle figé ne couvre cette variété, et c'est précisément ce qui a orienté le choix de l'outil : la capacité à décrire en langage naturel ce qu'il faut aller chercher, puis à l'ajuster document par document sans développement.
Une dizaine de modèles d'extraction sont aujourd'hui en service, organisés par famille d'affaires et par type de pièce, chacun avec ses champs propres : numéro de certificat, fournisseur, nuance, désignation, diamètres, épaisseur et numéro de coulée. Un score de confiance accompagne chaque valeur extraite et signale celles qui méritent un regard.
Lire l'écriture manuscrite des relevés d'atelier
L'autre moitié du sujet se passe à l'atelier. Quand un compagnon prélève une pièce, il reporte à la main le numéro de coulée gravé sur la matière, sur un relevé papier. C'est ce document manuscrit, scanné, qui ferme la boucle de traçabilité, et c'est aussi le plus difficile à lire pour une machine.
L'OCR d'écriture manuscrite traite ces relevés au même titre que les certificats imprimés. Les scans arrivent dans une bibliothèque documentaire, une routine d'automatisation les transfère vers l'adresse d'ingestion de la plateforme, et la classification dirige chaque document vers le bon modèle sans intervention.
Dès que les documents arrivent, une routine les envoie automatiquement à l'adresse Koncile. Ça marche très bien, la plateforme arrive à les lire et à les rediriger vers le bon modèle. Là, ça y est, on commence à avoir de quoi en faire un usage vraiment industriel.
Johann Jallat, technicien qualité, Bilfinger LTM Industrie
Rapprocher le relevé d'atelier et le certificat matière
Extraire ne suffit pas. Il faut ensuite retrouver, pour chaque ligne d'un relevé d'atelier, le certificat qui lui correspond. L'opération se heurte à une difficulté que connaissent tous les métiers de la traçabilité matière : le numéro de coulée ne constitue pas un identifiant unique et ne répond à aucune norme internationale. Deux fournisseurs peuvent employer la même séquence pour des matières différentes.
Le rapprochement se fait donc sur une clé composite, qui combine le numéro de coulée avec la désignation, les dimensions et la nuance. Trois agents de rapprochement tournent aujourd'hui sur le compte : l'un rattache les lignes de relevé aux certificats sur cette clé, un autre normalise les noms de fournisseurs contre un référentiel d'environ dix mille entrées, en renvoyant l'entrée la plus proche ou une mention explicite lorsque rien ne correspond.
Sur les désignations, il y en a un qui va écrire « bride », un autre « flange » parce qu'il est anglais, un troisième encore autre chose. Le rapprochement sémantique nous permet de retomber sur la bonne référence sans avoir à normaliser à la main tout ce que nos fournisseurs écrivent.
Johann Jallat, technicien qualité, Bilfinger LTM Industrie
Le contrôle humain reste entier et assumé. Chaque document passe sous les yeux d'un opérateur, avec une signature qui matérialise la vérification. L'automatisation supprime la ressaisie, pas la responsabilité.
Dix certificats en deux minutes
Avant, la constitution de la traçabilité reposait sur une seule personne, à temps plein, dont le travail consistait à ouvrir chaque certificat et à recopier les informations dans un tableur.
Le traitement à la main d'un certificat prenait à peu près six à sept minutes. Le traitement par Koncile prend une minute trente par certificat, temps de connexion compris, et le traitement de dix certificats prend deux minutes. Cette personne fait évidemment d'autres tâches aujourd'hui, avec beaucoup plus de valeur ajoutée sur la constitution des dossiers et sur leur validation par les clients.
Hugo Depond, Transition and Digital manager, Bilfinger LTM Industrie
L'écart le plus parlant se lit dans le traitement par lot. À l'unité, le gain est d'environ quatre fois. Sur dix documents envoyés ensemble, on passe d'une heure de saisie à deux minutes, parce que le temps de traitement ne croît plus avec le nombre de pièces. C'est cette propriété qui rend la traçabilité exhaustive compatible avec les délais d'un chantier.
Sur la fiabilité, le retour est net : aucune erreur constatée sur les documents imprimés, même abîmés, et des écarts résiduels limités à certains caractères manuscrits mal formés, que le score de confiance signale.
Un an de déploiement, et ce qui l'a débloqué
Le calendrier mérite d'être raconté tel quel, parce qu'il porte la leçon la plus utile du dossier.
Ça a mis un an. Ça n'a pas été du fait de Koncile, les modèles ont été mis en place assez rapidement, mais plutôt des connexions avec nos systèmes de données, où on a eu du mal à obtenir les autorisations nécessaires. Au final, on a un système robuste, c'est ce que ça nous a permis.
Hugo Depond, Transition and Digital manager, Bilfinger LTM Industrie
Pendant la première période, la plateforme est restée accessible en libre-service, et l'usage est resté faible. La bascule s'est produite à l'été 2026, quand les équipes ont mis en production l'API OCR pour déverser automatiquement les résultats dans leur système documentaire. L'activité a plus que doublé dans le mois qui a suivi.
L'explication tient en une phrase, et elle vaut pour tout déploiement de ce type : tant qu'il faut ouvrir une application de plus, personne n'y va. Dès que le traitement devient invisible et que les données atterrissent là où les équipes travaillent déjà, l'usage suit. Le travail de paramétrage est rapide ; c'est le raccordement au système d'information qui conditionne l'adoption, et c'est là qu'il faut mettre l'effort en premier.
La suite : vérifier l'authenticité des certificats matière
Un chantier prolonge naturellement le dispositif. Les certificats matière font partie des documents les plus exposés à la falsification dans l'industrie, et le mode opératoire est connu : un certificat authentique est retouché pour y substituer une nuance, une épaisseur ou un résultat d'essai, ou un même certificat est réutilisé pour une coulée qu'il ne couvre pas. Les conséquences dépassent le litige commercial dès lors qu'il s'agit d'équipements sous pression destinés à la pharmacie ou à l'hydrogène.
Des documents qui arrivent du monde entier, qui transitent par plusieurs intermédiaires et dont personne ne maîtrise le formalisme constituent exactement la population où ce risque se matérialise. La détection de fraude documentaire de Koncile répond à ce besoin en analysant le fichier autant que son contenu : examen forensique des métadonnées du PDF et du logiciel de dernière modification, analyse de l'intégrité visuelle autour d'une valeur ou d'un tampon, contrôles de cohérence métier sur la plausibilité des caractéristiques déclarées. Chaque anomalie alimente un score assorti de ses justifications, renvoyé avec les champs extraits. Sur une chaîne où tous les documents sont déjà contrôlés à cent pour cent, la valeur ajoutée consiste à orienter l'œil du contrôleur vers les pièces qui le méritent.
Questions fréquentes
Je le recommanderais en premier lieu à toutes les entreprises qui ont de la gestion documentaire avec beaucoup de cas particuliers, beaucoup d'adaptations à faire à un formalisme de documents sur lesquels elles ne sont pas maîtres. Et au final, on pourrait élargir à tous ceux qui ont besoin d'un OCR, parce que c'est une solution pratique et efficace.
Hugo Depond, Transition and Digital manager, Bilfinger LTM Industrie
Automatiser la lecture de vos documents techniques
Certificats matière, relevés d'atelier, cahiers de soudage, rapports de contrôle, plans annotés : si vos équipes ressaisissent à la main ce qui entre dans vos dossiers de fabrication, envoyez-nous vos documents réels. Nous paramétrons vos champs et vos règles de rapprochement sur la plateforme d'extraction, et vous jugez sur vos propres pièces.







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